Déclaration introductive

Jean-Claude Trichet, Président de la BCE,
Lucas Papademos, vice-président de la BCE,
Paris, le 5 octobre 2006

Mesdames et Messieurs,

Le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse, ici à Paris. Je voudrais remercier tout particulièrement le gouverneur Noyer pour son accueil et exprimer notre gratitude au personnel de la Banque de France pour l’excellente organisation de cette réunion du Conseil des gouverneurs.

Je souhaiterais à présent vous rendre compte de notre réunion, à laquelle ont également assisté le président de l’Eurogroupe, M. Juncker, premier ministre du Luxembourg, et le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, M. Almunia.

Lors de notre réunion d’aujourd’hui, nous avons décidé de relever de 25 points de base les taux d’intérêt directeurs de la BCE. Cette décision tient compte des risques à la hausse pesant sur la stabilité des prix à moyen terme que notre analyse, tant économique que monétaire, nous a permis d’identifier. La décision prise ce jour contribuera à maintenir les anticipations d’inflation à moyen et long termes dans la zone euro solidement ancrées à des niveaux compatibles avec la stabilité des prix. Cet ancrage constitue une condition indispensable pour que la politique monétaire contribue, sur la durée, à une croissance économique soutenable et à la création d'emplois dans la zone euro. Les taux d’intérêt de la BCE restent bas, même après le relèvement opéré aujourd’hui, la croissance de la monnaie et celle du crédit sont fortes et la liquidité dans la zone euro est abondante au regard de l'ensemble des indicateurs pertinents. Par conséquent, notre politique monétaire demeure accommodante. Si nos hypothèses et notre scénario de référence se confirment, la poursuite de l’ajustement de l’orientation accommodante de la politique monétaire demeurera justifiée. Dès lors, le Conseil des gouverneurs continuera de suivre très attentivement l'ensemble des évolutions afin de garantir la stabilité des prix à moyen et long termes.

S’agissant, tout d’abord, de l’ analyse économique, le taux de croissance de 0,9 %, en rythme trimestriel, du PIB en volume de la zone euro a été confirmé pour le deuxième trimestre 2006. En outre, depuis notre dernière réunion, le 31 août, Eurostat a revu en hausse les données relatives aux deux trimestres précédents, confirmant ainsi une nette accélération de la croissance économique au cours des derniers trimestres. Sur la base des données révisées, la progression de l’activité s’est établie, en rythme trimestriel, à 0,7 % en moyenne pour les quatre derniers trimestres, le taux de chômage s’est inscrit en baisse, la croissance de l’emploi s’est renforcée et les anticipations en matière d’emploi sont, dans l’ensemble, demeurées favorables. Globalement, la reprise économique apparaît désormais légèrement plus solide que ne le laissaient supposer les données disponibles précédemment. Elle repose sur une assise plus large et est principalement soutenue par la demande intérieure. Les informations disponibles concernant l’activité au troisième trimestre, tirées de différentes enquêtes de confiance et d’estimations établies à partir d’indicateurs, continuent de corroborer l’hypothèse d’une croissance vigoureuse de l’activité économique, qui pourrait cependant se modérer quelque peu.

En ce qui concerne la fin 2006 et l’année 2007, les conditions d’une croissance soutenue de l’économie de la zone euro, à des rythmes élevés proches du potentiel, demeurent réunies, une certaine volatilité étant susceptible d’affecter les taux trimestriels au tournant de l’année. L’activité économique mondiale se répartit de manière plus équilibrée entre les régions et reste robuste, soutenant ainsi, dans la durée, les exportations de la zone euro. L’investissement devrait demeurer vigoureux, à la faveur d’une période prolongée de conditions de financement très favorables, de la restructuration des bilans, de la nette amélioration de la rentabilité des entreprises et de l'efficacité du capital. La croissance de la consommation devrait également continuer de se renforcer au sein de la zone euro, dans le sillage de l'évolution du revenu réel disponible, à mesure que la situation sur le marché du travail s'améliore.

Les risques pesant sur les perspectives de croissance économique sont globalement équilibrés à court terme, même si le recul récent des cours du pétrole pourrait, s’il s’avérait durable, entraîner un léger renforcement de la demande et de la production par rapport à notre scénario de référence relatif à l’activité au cours des trimestres à venir. À plus long terme, les risques pesant sur la croissance sont, dans l’ensemble, orientés à la baisse et sont essentiellement liés à la possibilité d’un nouveau renchérissement du pétrole, aux craintes d’une montée des pressions protectionnistes, notamment après la suspension des négociations commerciales du cycle de Doha, et aux évolutions désordonnées qui pourraient résulter des déséquilibres mondiaux actuels.

S’agissant de l’évolution des prix, l’estimation rapide d’Eurostat fait apparaître que la hausse annuelle de l’IPCH est revenue à 1,8 % en septembre 2006, contre 2,3 % en août. Bien qu’aucune ventilation détaillée ne soit encore disponible, ce ralentissement assez net semble résulter à la fois d’effets de base favorables, dus en particulier à la forte augmentation des cours du pétrole survenue il y a un an, et du récent recul significatif de ces cours. Les perspectives relatives aux prix de l’énergie sont incertaines mais, sur la base des prix actuels et des cotations plus élevées sur les marchés à terme, l’inflation globale devrait repartir à la hausse vers la fin de l’année et début 2007. En conséquence, nous nous attendons à une volatilité considérable à court terme du taux annuel de hausse de l'IPCH, tandis que l'inflation globale restera élevée, à des niveaux supérieurs à 2 % en moyenne en 2006, et probablement en 2007.

En outre, les risques pesant sur les perspectives d'évolution des prix demeurent nettement orientés à la hausse. Ces risques continuent d’être liés à des répercussions des précédents renchérissements du pétrole sur les prix à la consommation plus fortes qu’envisagé actuellement et à de nouveaux relèvements, au-delà de ceux annoncés jusqu’à présent, des prix administrés et de la fiscalité indirecte. En outre, de nouvelles augmentations des cours du pétrole ne peuvent être exclues. Plus fondamentalement, compte tenu du dynamisme de la croissance du PIB en volume observé au cours des derniers trimestres et des signaux encourageants émanant des marchés du travail, une progression des salaires plus importante que prévu constitue un risque substantiel à la hausse pour la stabilité des prix. Dans ce contexte, il est essentiel que les partenaires sociaux conservent un comportement responsable, ce qui vaut en particulier dans un environnement plus favorable à l’activité économique et à l’emploi.

L' analyse monétaire continue de faire ressortir des risques à la hausse pesant sur la stabilité des prix à moyen et long termes. La progression annuelle de M3 s’est encore renforcée, s’établissant à 8,2 % en août, et, plus généralement, le rythme d’expansion de la monnaie et du crédit demeure soutenu, reflétant le niveau toujours bas des taux d’intérêt dans la zone euro. En particulier, les prêts au secteur privé continuent d’augmenter à un rythme annuel supérieur à 10 %, cette croissance concernant à la fois les ménages et les entreprises. Considérées dans une perspective de moyen terme, ces évolutions confirment la tendance haussière persistante du taux d’expansion monétaire identifiée par l’analyse monétaire de la BCE depuis mi-2004. En outre, après plusieurs années de croissance monétaire soutenue, la liquidité est abondante dans la zone euro au regard de l’ensemble des indicateurs pertinents. La persistance de la forte croissance de la monnaie et du crédit dans un contexte de liquidité toujours abondante, résultant de la vigueur continue du rythme d’expansion monétaire au cours de ces dernières années, est porteuse de risques à la hausse pour la stabilité des prix à moyen et long termes. Par conséquent, les évolutions monétaires exigent un suivi attentif, surtout au vu de l’amélioration de la situation économique et du dynamisme des marchés immobiliers dans de nombreuses régions de la zone euro.

En résumé, les taux annuels d’inflation devraient rester élevés en 2006 et 2007, les risques pesant sur ces perspectives demeurant nettement orientés à la hausse. Compte tenu de la vigueur actuelle de la croissance de la monnaie et du crédit dans une situation de liquidité déjà abondante, le recoupement des conclusions de l’analyse économique avec celles de l’analyse monétaire confirme le diagnostic de l’existence de risques à la hausse pesant sur la stabilité des prix à moyen terme. Il est essentiel que les anticipations d’inflation demeurent solidement ancrées à des niveaux compatibles avec la stabilité des prix. Si nos hypothèses et notre scénario de référence se vérifient, la poursuite de l’ajustement de l’orientation accommodante de la politique monétaire demeurera justifiée. Dès lors, le Conseil des gouverneurs continuera de suivre très attentivement l'ensemble des évolutions afin de garantir la stabilité des prix à moyen et long termes.

En ce qui concerne les politiques budgétaires, les pays de la zone euro finalisent actuellement leurs lois de Finances pour 2007 et préparent les prochaines mises à jour de leurs programmes de stabilité. Dans le contexte économique favorable qui prévaut actuellement, il est essentiel de progresser de manière adéquate vers une situation saine des finances publiques, les objectifs budgétaires pour 2007 devant être, d’une manière générale, plus ambitieux que ceux des programmes précédents. Les pays enregistrant un déficit excessif doivent rester pleinement déterminés à ramener leur déficit en deçà de 3 % dans les délais convenus, en menant une politique d'assainissement structurel appropriée et crédible. D’autres pays doivent accomplir des progrès tangibles en ce qui concerne la réalisation de leurs objectifs à moyen terme conformément aux exigences du Pacte de stabilité et de croissance. Dans tous les cas, les recettes exceptionnelles provenant d’une croissance plus forte que prévu doivent être consacrées à l'accélération de la réduction des déficits ou à l’augmentation des excédents. il convient d’éviter des politiques procycliques et il est particulièrement important de réduire les dépenses publiques, compte tenu également des niveaux élevés des dépenses et de la fiscalité par rapport à beaucoup d’autres pays industrialisés. L’expérience a montré que la réforme des dépenses publiques est déterminante pour la réussite de l’assainissement et que celui-ci est essentiel pour réduire la dette publique globale et rendre les finances publiques moins vulnérables à l’incidence du vieillissement de la population.

L'assainissement budgétaire peut donner des résultats optimaux s’il s’accompagne de vastes réformes structurelles. Ces dernières s’imposent de manière urgente afin d’atténuer les effets économiques défavorables des changements démographiques prévus dans la zone euro. La diminution de la population en âge de travailler renforcera les tensions s’exerçant sur les systèmes de retraite et de santé et pourra avoir des conséquences économiques majeures. Afin de soutenir la croissance économique potentielle de la zone euro, de favoriser la flexibilité et le dynamisme macroéconomiques et de préserver le niveau de vie futur de nos concitoyens, il est urgent de mettre en œuvre des réformes sur les marchés du travail et des produits. Cela permettra d’augmenter les taux d’activité et l’emploi, et de stimuler l’innovation et les autres facteurs favorisant la croissance de la productivité et de l’activité. La BCE apportera sa contribution en continuant à maintenir la stabilité des prix à moyen terme.

Nous sommes maintenant à votre disposition pour répondre à vos questions.

Veuillez consulter la version anglaise pour les termes exacts approuvés par le Conseil des gouverneurs.

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