CONFÉRENCE DE PRESSE DE LA BCE

DÉCLARATION INTRODUCTIVE Willem F. Duisenberg, président de la Banque centrale européenne, Lucas Papademos, vice-président de la Banque centrale européenne, Luxembourg, 4 juillet 2002

Mesdames et Messieurs,

Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne s'est réuni aujourd'hui pour la sixième fois en dehors de Francfort. En premier lieu, je voudrais remercier notre hôte, le président Mersch, ainsi que le personnel de la Banque centrale du Luxembourg, de nous avoir conviés à Luxembourg pour cette réunion et de l'accueil très chaleureux que nous avons reçu. Permettez-moi d'ajouter que le Conseil des gouverneurs a tenu ce jour sa centième réunion depuis la mise en place de la BCE le 1er juin 1998. Cet événement n'a donné lieu à aucune célébration particulière, mais je suis heureux néanmoins de le signaler à votre attention. Enfin, au nom de l'ensemble du Conseil, je tiens à rendre hommage à Pierre Werner qui vient de nous quitter. Il a été l'un des pères fondateurs de la monnaie unique, et nous lui serons à jamais reconnaissants de l'action qu'il a menée à ce titre.

Lors de la réunion d'aujourd'hui, le Conseil des gouverneurs a poursuivi son examen approfondi des évolutions monétaires, économiques et financières et a analysé les nouvelles informations qui sont devenues disponibles au cours des dernières semaines. Le Conseil est parvenu à la conclusion que, bien que les risques pesant sur la stabilité des prix à moyen terme demeurent orientés à la hausse, les informations récentes envoient des signaux contrastés. Dans ce contexte, le Conseil des gouverneurs a décidé de ne pas modifier les taux d'intérêt directeurs de la BCE.

S'agissant de l'analyse menée dans le cadre du premier pilier de notre stratégie de politique monétaire, la moyenne sur trois mois des taux de croissance annuels de M3 est passée à 7,5 % sur la période allant de mars 2002 à mai, contre 7,4 % pour la période comprise entre février 2002 et avril. Alors que la croissance de M3 s'était quelque peu normalisée début 2002, sa dynamique s'est à nouveau accélérée ces derniers temps. Cette évolution pourrait être liée en partie, à nouveau, à des réaménagements de portefeuille au profit d'instruments inclus dans M3, en raison du regain d'incertitude observé récemment sur les marchés financiers. Toutefois, certains facteurs plus fondamentaux, tels que les faibles coûts d'opportunité de la détention de monnaie et la reprise économique dans la zone euro, ont également favorisé l'expansion monétaire au cours des derniers mois. En outre, la croissance des prêts au secteur privé s'est redressée. Bien qu'il convienne d'interpréter avec prudence les récentes évolutions monétaires à court terme, le fait que la liquidité disponible au sein de la zone euro excède sensiblement les besoins liés au financement d'une croissance durable et non inflationniste est un sujet de préoccupation.

En ce qui concerne le second pilier, les données les plus récentes confirment qu'une reprise progressive de la croissance du PIB en volume est en cours dans la zone euro. Les résultats de plusieurs enquêtes et les indicateurs avancés pour le deuxième trimestre de cette année font état d'une légère augmentation des taux de croissance du PIB en volume par rapport au premier trimestre. Pour ce qui est des perspectives de l'activité économique, le scénario le plus probable reste celui d'un renforcement de la demande intérieure et étrangère. Les conditions d'une poursuite de la reprise dans la zone euro continuent d'être réunies. Il n'existe aucun déséquilibre majeur dans la zone euro et les conditions de financement sont très favorables. Parallèlement, la croissance économique se poursuit en dehors de la zone euro. Toutefois, compte tenu des évolutions observées récemment sur les marchés financiers, les incertitudes relatives à la vigueur de la reprise économique – tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de la zone euro – n'ont pas diminué ces dernières semaines.

S'agissant de l'évolution des prix, les estimations préliminaires d'Eurostat indiquent que la progression annuelle de l'IPCH est revenue de 2,0 % en mai à 1,7 % en juin. Toutefois, il est encore trop tôt pour interpréter ce recul comme le signe d'une atténuation des tensions sur les prix dans la mesure où la hausse de l'IPCH hors composantes les plus volatiles, à savoir énergie et produits alimentaires non transformés, s'est maintenue à un niveau élevé tout au long du premier semestre de cette année, en particulier en raison de l'évolution des prix des services. De plus, les rythmes de progression de l'IPCH global devraient osciller autour de 2 % dans les prochains mois.

Le raffermissement du taux de change de l'euro devrait exercer un effet modérateur sur l'inflation. Il est cependant difficile de quantifier cet effet et de déterminer quand il se fera sentir. Pour que la stabilité des prix soit maintenue durablement, il est essentiel que les fortes augmentations de salaires résultant des récentes négociations salariales dans certaines régions ne se généralisent pas au sein de la zone euro, car ce facteur aurait notamment des répercussions défavorables sur la compétitivité, la croissance de l'emploi et la consommation.

Dans l'ensemble, le raffermissement du taux de change de l'euro est un nouvel élément qui laisse entrevoir la possibilité d'un repli de l'inflation. Toutefois, d'autres facteurs - en particulier les évolutions monétaires et salariales – ne vont pas dans le sens d'une atténuation des tensions sur les prix. Dès lors, le Conseil doit rester vigilant face à l'évolution des principaux facteurs qui déterminent les perspectives de stabilité des prix sur le moyen terme.

En ce qui concerne les politiques budgétaires menées au sein de la zone euro, le Conseil constate certaines évolutions inquiétantes depuis quelques mois. Dans ce contexte, nous en appelons à l'ensemble des pays membres pour qu'ils honorent les engagements qu'ils ont pris de parvenir à une situation budgétaire proche de l'équilibre ou en excédent d'ici à 2003-2004 conformément au cadre du Pacte de stabilité et de croissance. Cela est nécessaire pour maintenir et conforter la confiance dans le cadre de politique économique de la zone euro ainsi que pour assurer dans tous les pays une situation des finances publiques permettant aux stabilisateurs automatiques de fonctionner efficacement sans compromettre une situation budgétaire saine à long terme. En outre, les gouvernements sont invités à avancer dans la mise en œuvre des réformes portant sur le volume et la structure des dépenses et des recettes publiques, ce qui permettra de dégager des marges pour procéder à des réductions de la fiscalité et pour absorber les coûts budgétaires liés au vieillissement de la population.

Dans le domaine des réformes structurelles, je voudrais évoquer brièvement l'adoption des grandes orientations des politiques économiques. Si elles sont mises en œuvre de manière résolue, les réformes structurelles contribueront à accroître le potentiel de croissance non inflationniste de la zone euro et à réduire son taux de chômage élevé.

Nous sommes à présent à votre disposition pour répondre à vos questions.

Questions et réponses [EN]

Veuillez consulter la version anglaise pour les termes exacts approuvés par le Conseil des gouverneurs.

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