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L’économie européenne : situation actuelle, perspectives, défis

Discours de Jean-Claude Trichet, Président de la BCE,
« Forum économique international des Amériques » - Conférence de Montréal,
Montréal, 30 mai 2005

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Maire,

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec très grand plaisir que je viens participer aux échanges et aux réflexions du Forum économique international des Amériques/Conférence de Montréal, et tout particulièrement, m’adresser à vous aujourd’hui. Le thème du Forum choisi cette année, « Réussir en période de turbulences », revêt une pertinence particulière dans un monde en perpétuelles transformations économiques, financières et technologiques. Je voudrais donc aujourd’hui vous faire part de l’expérience européenne. Permettez-moi tout d’abord d’évoquer l’évolution récente de l’activité économique dans la zone euro afin de mieux en souligner les perspectives et de décrire les défis à relever pour que l’Europe apporte sa propre contribution à la croissance d’un monde en profonde transformation et donc ayant tendance à être turbulent.

L’économie de la zone euro: une situation macroéconomique stable mais un dynamisme économique qu’il faut encore stimuler

Depuis sa mise en place il y a maintenant plus de six ans, l’Union économique et monétaire a contribué à assurer un environnement macroéconomique stable. Certes, ces dernières années, le rythme annuel de l’inflation dans la zone euro s’est maintenu légèrement au-dessus de notre définition de la stabilité des prix qui correspond à une hausse des prix de moins de 2% et proche de 2%. Cette situation traduit cependant plus des chocs temporaires liés, notamment, aux évolutions des prix du pétrole, que des tensions inflationnistes sous-jacentes qui, globalement, aujourd’hui, restent modérées. Les anticipations d’inflation sont restées ancrées au-dessous de 2%, en ligne avec notre définition de la stabilité des prix. Que les hausses successives des prix pétroliers n’aient pas compromis la stabilité des anticipations inflationnistes n’est pas le fruit du hasard. C’est le signe d’une réussite, témoignant du haut niveau de crédibilité de la jeune Banque centrale européenne, qui a su fournir, de manière convaincante, aux agents économiques dans un espace économique de 306 millions d’habitants, un point d’ancrage stable pour leurs anticipations de prix. Ainsi donc, et cela tant que l’inflation et les anticipations d’inflation restent solidement ancrées à des niveaux conformes à la stabilité des prix, la politique monétaire apporte une contribution optimale à la croissance économique, en favorisant un niveau exceptionnellement bas des taux d’intérêt de marché à court, moyen et long terme et en créant un environnement économique comportant un minimum de distorsions et qui facilite des décisions optimales de la part des agents économiques.

A moyen terme, les perspectives de la zone euro reposent sur des éléments fondamentaux qui ne doivent pas être négligés. Permettez-moi de les rappeler brièvement. Sur le plan extérieur, l’activité mondiale est appelée à rester robuste et devrait contribuer à soutenir les exportations européennes. Sur le plan intérieur, l’investissement devrait continuer à bénéficier des conditions de financement historiquement exceptionnellement favorables dans la zone euro. Il devrait aussi bénéficier de l’amélioration des résultats des entreprises et des gains de productivité liés aux restructurations qui ont été menées dans le passé. En outre, l’évolution de la consommation privée devrait suivre celle du revenu réel, qui devrait progresser.

A plus court terme cependant, depuis la deuxième moitié de l’année 2004, la croissance de la zone euro est modeste, inférieure à la croissance potentielle de la zone. Elle reste positive, certes, mais modeste. Sans nul doute, le renchérissement des matières premières - pétrole en tête - a accru les incertitudes concernant les perspectives économiques et continue de peser comme un risque non négligeable, tout comme les déséquilibres au niveau mondial. De plus, les consommateurs tardent à retrouver le chemin de la confiance, en raison sans doute d’une situation encore difficile sur le marché du travail, des difficultés et des lenteurs dans la mise en œuvre de réformes de fond et du sentiment d’insécurité lié aux insuffisantes consolidations budgétaires.

En effet une bonne stratégie monétaire, assurant solidement l’ancrage de la stabilité des prix, est une condition nécessaire de la croissance économique. Ce n’est pas une condition suffisante à elle seule. Une stratégie budgétaire assurant des finances publiques saines et des réformes structurelles permettant d’élever le niveau de la croissance potentielle de l’économie sont également indispensables. L’examen de l’évolution de la productivité du travail en Europe et aux Etats-Unis est particulièrement éclairant à cet égard.

Au cours de ces dernières années, en dépit de progrès tangibles en matière de croissance de l’emploi total et des taux d’activité, le ralentissement de la hausse de la productivité horaire dans la zone euro est la cause principale de l’écart de croissance économique entre la zone euro et l’autre grande économie dans le monde industrialisé, les Etats-Unis. Cela est d’autant plus vrai que les Etats-Unis ont bénéficié au contraire, dans la même période, d’une forte accélération de leur productivité horaire, en raison en particulier d’une utilisation efficiente des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Ainsi, alors que dans les années 1980, la croissance de la productivité horaire était en moyenne de 2,4% dans la zone euro et de 1,3% aux Etats-Unis, la tendance s’est inversée entre 1996 et 2004 avec une moyenne annuelle dans la zone euro et aux Etats-Unis de respectivement 1,3% et 2,5%[1].

Le déficit des réformes structurelles en Europe est à mes yeux la cause principale de l’écart de croissance économique observé ces dernières années par rapport aux Etats-Unis. Pour renforcer le potentiel de croissance de l’Europe et contribuer à conforter la confiance des consommateurs et des entrepreneurs, il faut s’attaquer aux faiblesses plus fondamentales de l’économie européenne et entreprendre des réformes de fond. Permettre un meilleur fonctionnement du marché du travail en vue d’accélérer la croissance de l’emploi et la productivité, parachever la création du grand marché unique, promouvoir l’investissement et l’innovation seront les meilleurs moyens de permettre à l’économie européenne de s’adapter à la concurrence internationale, de favoriser le développement des entreprises et d’accélérer la croissance économique et la création d’emplois durables.

Les réformes structurelles

Je dois dire que, à des degrés divers il est vrai dans les différents pays européens, des progrès significatifs ont été réalisés dans la mise en œuvre de réformes structurelles. Un tel effort doit être reconnu. Il reste toutefois beaucoup à faire. A Lisbonne, en 2000, les chefs d’Etat ou de gouvernement se sont engagés à faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». Les décisions relatives aux réformes structurelles spécifiques, à leurs contours et à leur mise en œuvre effective appartenaient aux Etats membres. Mais, s’ils se rapprochent sans cesse les uns des autres, les pays de l’Union européenne restent caractérisés par de nombreuses différences, dans leur structure, leur développement économique et leur dispositifs institutionnels. Demander aux acteurs nationaux de définir leurs propres réformes est la conséquence naturelle des ces différences. Il n’en reste pas moins que le consensus européen sur les priorités et objectifs politiques doit demeurer une référence commune claire. Une fois encore, j’insiste sur le fait que la mise en œuvre de réformes structurelles n’est pas chose aisée. Cela exige beaucoup de courage et de détermination de la part des gouvernements, des parlements et des partenaires sociaux. Ces réformes sont cependant tout à fait indispensables, de même que des politiques monétaire et budgétaires axées sur la stabilité, et constituent un élément essentiel sur la voie d’une plus grande prospérité et de créations d’emplois plus nombreuses en Europe. Je voudrais à ce stade m'attarder quelques instants sur deux domaines exigeant, je pense, de nouveaux progrès rapides, je veux parler des marchés du travail et des produits.

S’agissant des marchés de produits, des gains de productivité considérables sont encore possibles en Europe pour peu qu’on lève, au niveau national et européen, les barrières qui continuent de freiner la concurrence. La création d’un marché commun basé sur la libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux est une pierre angulaire de l’Union européenne depuis le traité de Rome. Il est essentiel de parachever le marché unique, notamment dans le secteur des services financiers.

Un facteur crucial du progrès technologique et de sa diffusion est le capital humain. En effet, grâce aux progrès techniques, l’activité économique devient toujours plus basée sur la connaissance, les emplois s’adressant de plus en plus à des travailleurs de mieux en mieux formés. De ce point de vue, les investissements dans le développement du capital humain demeurent insuffisants en Europe. Il convient de mettre particulièrement l’accent sur l’amélioration des systèmes d’enseignement et de formation. L’Europe souffre également d’efforts quantitatifs et qualitatifs insuffisants en matière d’investissement dans la recherche et développement (R&D). Il est à noter, par exemple, que deux pays de l’Union seulement dépassent actuellement l’objectif de 3% du PIB de dépenses dans ce domaine. L’ensemble des autres pays de l’UE sont de ce point de vue en retard. Des efforts plus importants sont clairement indispensables dans le domaine de la recherche-développement.

De nouvelles réformes sont également cruciales sur les marchés du travail en vue d’en améliorer la flexibilité. Il est essentiel d’inciter plus de personnes à entrer sur le marché du travail. L’augmentation de la participation au marché du travail et de l’utilisation de la main-d’œuvre est un défi central, particulièrement en ce qui concerne les femmes, les travailleurs jeunes et âgés. Certains pays ont entrepris des réformes visant à réduire les incitations à ne pas travailler. Les systèmes d’assurance-chômage ont été corrigés et les incitations à prendre une préretraite diminuées. Prenez les exemples du Danemark et de la Suède, où diverses réformes ont été adoptées pour renforcer les incitations à travailler et éviter les contraintes pesant sur l’offre de travail. Au Danemark, des mesures ont visé à alléger la taxation sur les revenus du travail. En Suède, les réformes ont principalement ciblé les travailleurs plus âgés, les immigrés et les jeunes travailleurs. Que constate-t-on ? Et bien, ces deux pays ont d'ores et déjà dépassé les objectifs de l’UE en termes d’emploi, y compris pour les femmes et les travailleurs plus âgés. Voilà deux exemples où des réformes dans ce domaine ont entraîné des bénéfices sensibles. Cela étant, malgré la simplification des systèmes d’assurance-chômage, ceux-ci continuent, parfois, en conjonction avec des taux d’imposition marginaux et des cotisations de sécurité sociale élevés, à fournir des incitations à ne pas travailler.

L’élargissement de l’Union européenne

Il est plus important encore d’apporter des solutions à ces défis dans le contexte de l’élargissement historique de l’Union européenne, survenu en mai 2004 avec le passage de quinze à vingt-cinq Etats membres. Je tiens à dire en premier lieu ma conviction que cet élargissement ouvre des possibilités et apporte des bénéfices pour l’UE. Les bénéfices économiques de l’élargissement sont parfois négligés dans les débats, souvent éclipsés par des peurs, comme le risque d’une migration de masse après l’ouverture des frontières communes avec les nouveaux Etats membres, ce qui accroîtrait la pression sur les marchés du travail et les systèmes de protection sociale des autres Etats membres. Je pense fermement que l’élargissement de l’UE contribuera positivement à la croissance économique et au bien-être de l’ensemble de l’UE. Il ouvrira de nouvelles possibilités en termes d’échanges commerciaux et de flux d’investissement. L’élargissement du marché intérieur renforcera le niveau de concurrence dans la mesure où l’adhésion des nouveaux Etats membres a accru le nombre de fournisseurs présents sur ce marché. En outre, l’élargissement a augmenté les possibilités d’économies d’échelle étant donné que l’extension du marché intérieur a accru la taille du marché ouvert aux fournisseurs. Ce mouvement devrait se traduire par des baisses de prix et une hausse des la productivité et contribuer à relever le potentiel de croissance de l’Union. Ces bénéfices ne pourront cependant pas être cueillis automatiquement. Ici aussi, la mise en œuvre de réformes structurelles est de nature à apporter des avantages substantiels. En particulier, le parachèvement actif et rapide du marché intérieur élargi, tant dans les anciens pays membres que dans les nouveaux, est essentiel afin d’exploiter au mieux les bénéfices de cet élargissement.

Permettez-moi de dire quelques mots de la participation au mécanisme de taux de change MCE II, qui a déjà été décidée pour six monnaies, sur dix, des nouveaux Etats membres. Après avoir réalisé les ajustements structurels nécessaires, la participation au MCE II peut être un moyen important d’ancrer les anticipations de cours de change et d’inflation ainsi que de favoriser la discipline. Elle peut aider à orienter les politiques macroéconomiques vers la stabilité, tout en permettant, le cas échéant, un certain degré de flexibilité à travers la marge de fluctuation standard large et la possibilité d’ajuster les cours pivots. Il n’existe, quoi qu’il en soit, pas de voie uniforme pour l’adoption de l’euro et chaque pays sera jugé sur ses mérites propres avant l’adoption de la monnaie unique. De ce point de vue, ainsi que le prévoit le traité, la convergence durable des économies sera évaluée avec soin dans l’intérêt du pays concerné comme dans l’intérêt de la zone euro dans son ensemble.

La discipline budgétaire

Je voudrais enfin évoquer un autre défi majeur auquel l’Europe devra faire face au cours des cinquante prochaines années : le vieillissement de sa population. L’ampleur de ce défi peut être illustrée par quelques chiffres : selon les prévisions d’Eurostat, l’institut européen de statistique, la population en âge de travailler (il s’agit des individus de 15 à 64 ans) décroîtra de 67,2% de la population totale en 2004 à 56,7% en 2050. Dans le même temps, la proportion des retraités (c'est-à-dire des individus âgés de 65 ans ou plus) passera de 16,4% de la population totale en 2004 à 29,9% en 2050. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Nous sommes à la veille d’un bouleversement démographique sans précédent qui constitue un défi majeur pour les finances publiques. Le vieillissement se traduira par des charges budgétaires supplémentaires significatives, qui sont généralement estimées, pour les décennies à venir, et pour les retraites uniquement, dans une fourchette de 3 à 5% du produit intérieur brut dans la plupart des pays européens. Ces prévisions montrent très clairement que les changements démographiques, en l’absence de reformes appropriées, sont susceptibles de peser fortement sur les finances publiques. Je souhaiterais attirer votre attention sur les effets majeurs de ces développements sur la soutenabilité des finances publiques et sur la croissance.

La pression exercée sur les dépenses publiques par le vieillissement de la population peut menacer la soutenabilité des finances publiques. A politique inchangée, les dépenses publiques induites par le vieillissement conduiront à un accroissement des déficits et à une augmentation inexorable de l’endettement public. Ces développements se refléteront également dans les anticipations des agents économiques. Une moindre confiance dans les signatures publiques du fait d’anticipations d’un risque de défaut accru sur la dette pourrait multiplier les « primes de risque » et créer un environnement financier peu propice à l’investissement et à la croissance.

Avec le vieillissement de la population, les systèmes de retraite par répartition verront à la fois leurs dépenses augmenter et l’assiette des cotisations sociales se réduire. Face à une telle situation, des ajustements paramétriques de ces systèmes comme, par exemple, l’allongement de l’âge de départ effectif à la retraite paraissent indispensables. Des changements plus fondamentaux dans la structure de financement des retraites paraissent également indispensables. Les pressions croissantes sur le financement des systèmes publics de santé plaident également pour des réformes audacieuses.

Les réformes de la protection sociale constituent un élément essentiel, parmi beaucoup d’autres, permettant de maîtriser l’endettement public, d’assurer la soutenabilité des finances publiques et de renforcer le potentiel de croissance. La mise en œuvre dès aujourd’hui d’une stratégie de réformes ambitieuses combinée avec une politique d’assainissement budgétaire ferme et crédible contribuerait à renforcer dès maintenant le potentiel de croissance européen. Dans le cas des économies de la zone euro le renforcement de la confiance des agents économiques dans la soutenabilité budgétaire et la stabilité économique à long terme ainsi que dans le maintien d’une protection sociale adéquate et de taux de prélèvement obligatoires raisonnable, ferait plus que compenser les effets négatifs que les réformes et l’assainissement budgétaire peuvent avoir à court terme sur la demande. Ces effets « ricardiens », non keynésiens, sont d’autant plus susceptibles de se manifester que les déséquilibres anticipés sont importants. Et ce sont des déséquilibres budgétaires importants que le vieillissement de sa population réserve à l’Europe de demain, en l’absence, bien entendu, de réaction appropriée des pays concernés.

Face à un tel défi, il est crucial d’appliquer strictement la nouvelle version du Pacte de stabilité et de croissance. Le Pacte est essentiel du point de vue de la cohésion de l’Union économique et monétaire et à ce titre, l’une des clefs de voûte de la confiance en la stabilité économique de l’Europe, donc de l’investissement et de la croissance. L’assainissement budgétaire et la réduction de l’endettement doivent être poursuivis avec détermination pour relever le défi du vieillissement et préserver la crédibilité du cadre budgétaire européen.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, l’Europe doit aujourd’hui relever cinq défis majeurs. Trois d’entre eux constituent de grands défis communs aux économies anciennement industrialisées. Les deux autres sont propres à l’Europe et ne se retrouvent nulle part ailleurs dans le monde.

Le diagnostic est désormais bien établi s’agissant des trois premiers défis – celui des technologies nouvelles, celui de la mondialisation, celui du vieillissement démographique – ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils sont faciles à résoudre… Pour le premier, faciliter l’approfondissement et la diffusion dans l’ensemble de l’économie productive de la science et de la technologie, en particulier, mais pas seulement, des technologies de l’information. Pour le second, organiser la nouvelle donne économique créée par l’universalisation de l’économie de marché et le développement économique très rapide des grands pays émergents d’Asie. Pour le troisième, tirer les conséquences du vieillissement de la population pour assurer la soutenabilité des finances publiques. Les Etats-Unis, le Canada, les autres pays industrialisés ont à résoudre les mêmes questions.

Mais l’Europe doit en outre - et il s’agit d’une situation unique dans le monde, un privilège et une grande responsabilité historique – affronter deux défis supplémentaires.

D’une part, l’Europe s’est engagée dans un processus de longue durée visant à assurer son unité sur la base d’une union volontaire d’Etats. Ces Etats mettent en commun des éléments de leur souveraineté et ont déjà décidé de créer un marché unique doté d’une monnaie unique. C’est une transformation historique très ambitieuse.

D’autre part, l’Europe doit, en même temps, relever le défi d’une expansion géographique rapide ayant une immense portée historique. Nous étions encore 12 pays au moment de la négociation du traité de Maastricht. Nous sommes 25 – et, virtuellement, déjà 27 – aujourd’hui. En Europe se superposent donc une transformation économique et politique « verticale » sans précédent et un élargissement géographique « horizontal » d’une immense portée.

Cinq grands défis à relever, deux de plus que les autres grands ensembles industrialisés. Tous exaltants, tous nés de succès importants – le progrès scientifique, le décollage économique des grands pays en développement, les progrès de la médecine, l’approfondissement de l’unité pacifique de l’Europe, la chute du rideau de fer – mais aussi tous exigeants et difficiles. Au lendemain du référendum francais et à la veille du référendum néerlandais, nous vivons tous aujourd’hui un moment difficile pour l’Europe, pour nos 458 millions de concitoyens européens. Ce n’est ni la première fois, ni sans doute la dernière. Dans ses mémoires Jean Monnet, dont les idées et l’action sont à la racine et au cœur de l’entreprise européenne écrit : « Ceux qui ne veulent rien entreprendre parce qu’ils ne sont pas assurés que les choses iront comme ils l’ont arrêté par avance se condamnent à l’immobilité ». Je suis sûr que les Européens sauront, tous ensemble, trouver les voies leur permettant de surmonter les difficultés présentes comme ils l’ont fait dans le passé.

La Banque centrale européenne, quant à elle, a un mandat clair, celui du traité de Maastricht. Elle assure et assurera aujourd’hui et demain comme elle l’a fait hier, la stabilité des prix, la confiance dans la monnaie, conditions nécessaires de la croissance et de la création d’emplois durables. La confiance est un mot clé dans les circonstances présentes. Les Européens peuvent compter sur la BCE et sur l’Eurosystème tout entier pour préserver et consolider la confiance.

Je vous remercie de votre attention.



[1] Source : Bulletin mensuel de la BCE, mars 2005.

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