La campagne d'information Euro 2002

l'EURO. NOTRE monnaie Intervention de Christian Noyer Vice-président de la Banque centrale européenne, lors de la conférence organisée par la Banque centrale du Luxembourg le 3 juillet 2001, à Luxembourg

Je vous remercie infiniment de m'avoir invité à participer à cette conférence organisée aujourd'hui par la Banque centrale du Luxembourg dans le cadre de la Campagne d'information Euro 2002. Il s'agit de la septième manifestation du cycle de conférences consacré cette année au passage à l'euro fiduciaire. Ces conférences sont organisées par les banques centrales nationales des pays participant à la zone euro dans le cadre de la Campagne d'information Euro 2002. Comme je viens de le dire, six conférences ont déjà eu lieu, la précédente s'étant tenue à Vienne, vendredi dernier. La prochaine conférence sera organisée par la Banque de France à Paris, le 10 juillet 2001. Ce cycle de conférences a pour objectif de sensibiliser les citoyens de chaque pays au passage à la monnaie fiduciaire en euros au début de 2002 et de les préparer à cet événement. Il réunit les principaux acteurs participant à l'opération de basculement, tant au niveau national qu'au niveau européen, et met l'accent sur les préparatifs en vue du passage aux espèces en euros.

Comme vous avez pu le constater, plus nous approchons du jour « J » de l'introduction des billets et des pièces en euros, le 1er janvier 2002, plus cette « campagne » s'intensifie. Par « campagne », j'entends la campagne d'information Euro 2002 sur l'introduction des billets et des pièces en euros, qui est menée par la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales de la zone euro.

1. Préalimentation et sous-préalimentation en billets et pièces en euros

L'introduction des billets et des pièces en euros constitue un défi sans précédent sur le plan logistique pour toutes les parties concernées. 14,25 milliards de billets doivent être imprimés et quelque 50 milliards de pièces frappées. Ensuite, il faudra assurer la distribution des billets et des pièces. La BCE et les banques centrales nationales de la zone euro font en sorte que cette opération s'effectue en douceur. Le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé que la préalimentation et la sous-préalimentation des billets et des pièces en euros débuteraient le 1er septembre 2001. La préalimentation consiste à distribuer à l'avance les billets et les pièces aux établissements de crédit admis en tant que contreparties aux opérations de politique monétaire de l'Eurosystème. Si certaines conditions sont remplies, les établissements de crédit pourront alimenter en monnaie fiduciaire certaines catégories professionnelles (commerçants, sociétés de transport de fonds, fabricants d'accepteurs de billets et de pièces). C'est ce qu'on appelle la sous-préalimentation.

Chaque banque centrale nationale est libre de fixer les dates auxquelles la préalimentation et la sous-préalimentation commenceront au niveau national de manière à répondre de façon appropriée aux besoins nationaux, à condition, bien évidemment, qu'elles ne soient pas mises en oeuvre avant le 1er septembre 2001. Le temps dont la banque centrale disposera pour assurer ces opérations peut être plus ou moins long selon le groupe cible. Le délai nécessaire pour assurer la préalimentation dépendra largement du scénario de passage retenu par le pays concerné ainsi que de l'infrastructure logistique nationale. Les scénarios et les infrastructures varient d'un pays à l'autre.

Il ne faut pas oublier que le passage à l'euro fiduciaire est régi par les principes de subsidiarité et de décentralisation. Bien que la BCE ait approuvé certains principes généraux et certaines pratiques afin de garantir l'égalité de traitement du point de vue de la concurrence, il est nécessaire de vérifier les scénarios nationaux de passage à l'euro fiduciaire de manière à disposer d'informations complètes et détaillées. L'ensemble des pays reconnaissent la nécessité de préalimenter les banques en billets et en pièces en euros avant le 1er janvier 2002. Il s'agit d'une condition préalable pour une transition rapide et en douceur à l'euro fiduciaire.

Le Conseil ECOFIN a décidé que le grand public pourrait être approvisionné en pièces en euros à compter de la seconde quinzaine de décembre 2001. La plupart des pays participants ont déjà décidé de procéder ainsi ou vont le faire. Au Luxembourg, ce qu'on appelle les kits « public » d'une valeur de 500 francs luxembourgeois seront mis à la disposition du grand public à partir du 15 décembre 2001. En outre, il a été décidé, pour l'ensemble de la zone euro, de ne pas préalimenter le grand public en billets en euros. Le risque de contrefaçon et la confusion que cette opération engendrerait sont jugés trop importants. De plus, la nécessité de réaliser la préalimentation en billets est moins pressante que dans le cas des pièces dans la mesure où aucun mécanisme n'est en place pour assurer la distribution de celles-ci. En tout cas, tout est mis en oeuvre pour qu'il n'y ait pas de pénurie de billets en euros dans les premiers jours qui suivront le passage à l'euro.

2. La campagne d'information Euro 2002

On a parfois tendance à oublier que l'euro existe déjà en tant que monnaie depuis le 1er janvier 1999. L'euro est déjà NOTRE monnaie. Dès lors, chaque fois que nous réglons un achat avec les billets actuels, en réalité nous le faisons déjà en euros. Toutefois, nous devons encore utiliser les billets nationaux actuels, car la production de billets et de pièces en euros de grande qualité nécessite de longs préparatifs. Cet inconvénient, qui est principalement d'ordre psychologique, disparaîtra le 1er janvier 2002. Les billets et les pièces en euros pourront être utilisés aisément dans l'ensemble de la zone euro, simplifieront notre vie et seront la preuve tangible que les 300 millions de citoyens de la zone euro ont une monnaie commune.

Il est essentiel que nous ne ménagions aucun effort pour que les billets et les pièces en euros reçoivent un bon accueil de la part de nos concitoyens. Une acceptation rapide par le grand public dépendra en grande partie de notre aptitude à communiquer avec « notre » population sur « notre » monnaie. Si nous y parvenons, nous apporterons une contribution importante aux efforts déployés pour convaincre les Européens que l'Europe n'est pas une notion abstraite, insaisissable, mais une réalité en constante évolution. Le succès de la transition vers l'euro fiduciaire dépendra dans une large mesure des informations que les citoyens de la zone euro recevront au sujet de leur nouvelle monnaie. Elles leur permettront de réussir la transition vers l'euro fiduciaire et aideront certains d'entre eux à se familiariser avec les nouveaux billets, qui sont différents de ceux qu'ils manipulent aujourd'hui.

À cet égard, je voudrais insister sur les deux points suivants :

  • la coopération de l'ensemble des catégories professionnelles directement concernées - banques, commerçants, sociétés de transport de fonds et opérateurs de distributeurs automatiques de produits - et

  • l'acceptation rapide des nouveaux billets par le public.

Le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé de mettre sur pied une campagne d'information, dont le budget se monte à 80 millions d'euros. Nous avons choisi le groupe de communication Publicis pour nous assister dans la réalisation de ce projet qui revêt une importance capitale. Les banques centrales nationales de la zone euro mettent en oeuvre la campagne d'information de manière décentralisée.

Notre action est orientée en direction de l'ensemble des utilisateurs des billets et des pièces en euros. Elle vise aussi à sensibiliser les utilisateurs résidant en dehors de la zone euro, comme les touristes et les ressortissants des pays où les billets et les pièces en euros seront largement utilisés, concurremment à la monnaie nationale. Afin de toucher un large public, la campagne d'information fait appel à des organisations ou à des entreprises qui interviennent en qualité de partenaires ou servent de relais pour diffuser les informations. Je citerais notamment les banques, les commerçants, les établissements scolaires, le secteur du tourisme et les médias.

Je voudrais souligner le rôle capital de ces partenaires, avec une mention particulière pour ceux de la campagne d'information Euro 2002 au Luxembourg. Chacun d'entre eux participe à cette entreprise gigantesque en communiquant les informations sur les billets et les pièces en euros à leur personnel, à leur clientèle et à d'autres groupes cibles. À ce jour, plus de 1000 partenaires en Europe ont conclu un partenariat avec la BCE et les douze banques centrales nationales de l'Eurosystème.

En outre, j'aimerais insister sur le fait que les médias font l'objet d'une attention particulière dans le cadre de cette campagne. Nous avons élaboré, à leur intention, une série de six kits d'information devant être distribués en 2001 à plus de 3000 de leurs représentants dans et hors de la zone euro. Le kit d'information E-200 vient d'être diffusé, 200 jours avant l'introduction de l'euro fiduciaire. Il porte principalement sur la production des billets et des pièces en euros ainsi que sur les modalités du scénario de passage. Un exemplaire de ce kit est distribué aujourd'hui à l'occasion de cette conférence. En outre, nous portons une attention particulière aux groupes vulnérables, qui recevront des informations et une formation spécialement adaptées à leurs besoins, ainsi qu'aux enfants.

Notre campagne d'information est coordonnée avec d'autres actions menées par les autorités nationales et la Commission européenne. Aussi peut-elle être considérée à la fois comme une campagne complémentaire et focalisée sur les aspects pratiques du passage à l'euro, et en particulier les billets et pièces en euros. Le message délivré dans le cadre de notre campagne est axé sur quatre thèmes principaux :

  • l'apparence visuelle détaillée des billets et des pièces en euros,

  • les principaux signes de sécurité,

  • les différentes coupures de billets et les pièces en euros, et

  • les modalités du passage à l'euro fiduciaire.

Notre campagne d'information, avec notamment notre action de communication en direction des médias et la coopération avec nos partenaires, a démarré il y a déjà plusieurs mois, mais une campagne de sensibilisation sur l'aspect des billets et des pièces en euros ne devait pas commencer trop tôt. Il aurait été très difficile et coûteux d'essayer de conserver l'attention du public pendant une longue période. En outre, les billets et les pièces en euros intègrent des signes de sécurité très sophistiqués. Dans beaucoup de pays de la zone euro, ils seront nouveaux pour les citoyens. Afin de limiter le risque de contrefaçon, il ne fallait pas dévoiler trop tôt les signes de sécurité et certains autres détails des billets en euros. La BCE rendra public l'aspect et les signes de sécurité des billets en euros lors d'une conférence de presse qui se tiendra à Francfort, le 30 août 2001, peu avant le début de la préalimentation des banques en billets, le 1er septembre 2001. Ces informations seront également disponibles sur le site Internet de la campagne d'information Euro 2002.

Le 1er mars, le président de la Banque centrale européenne a annoncé aux médias le slogan de notre campagne, qui est : « l'EURO. NOTRE monnaie » Ce slogan est commun à tous les vecteurs de communication de la campagne, en particulier les messages publicitaires qui seront prêts à être diffusés à l'automne 2001 et au début de 2002.

Conformément à la stratégie de communication que je viens de décrire, les actions de communication, notamment celles relayées par les médias, qui seront menées dans les derniers mois de 2001 et les premières semaines de 2002 constitueront les temps forts de la campagne d'information. La diffusion des informations se poursuivra donc dans les premières semaines de 2002, lorsque le passage à l'euro fiduciaire battra son plein et que le public sera en possession des billets et des pièces en euros. Celui-ci sera alors mieux à même de comprendre et d'assimiler les informations reçues.

Je n'ignore pas qu'au sein de la zone euro, le grand public a encore parfois le sentiment d'être mal informé sur l'introduction des billets et des pièces en euros. Mais je peux assurer aux citoyens de la zone euro qu'ils continueront à recevoir des informations complètes.

Au risque de me répéter, je tiens à insister sur le fait que nous n'allons pas introduire l'euro le 1er janvier 2002. L'euro est déjà NOTRE monnaie depuis le 1er janvier 1999. Ce que nous allons faire, c'est réaliser l'introduction physique des billets et des pièces en euros.

J'aimerais à présent évoquer la BCE elle-même, cette banque centrale encore jeune, malgré ses trente-sept mois d'existence, qui est notamment chargée de la conduite de la politique monétaire pour douze pays et 300 million d'Européens. Parfois, le public a tendance à ramener l'activité complexe d'une institution à un concept très simple. En réalité, les missions confiées à la BCE sont multiples. Ce large éventail de tâches englobe les décisions de politique monétaire, les statistiques, les opérations de politique monétaire, les systèmes de paiement, les questions juridiques, etc. Toutefois, sa mission principale, définie très clairement par le traité instituant la Communauté européenne, consiste à maintenir la stabilité des prix au sein de la zone euro ; en d'autres termes, la BCE a pour mission de sauvegarder la valeur de l'euro quelle qu'en soit la forme - billets et pièces ou monnaie scripturale, c'est-à-dire de maîtriser l'inflation. Nos concitoyens ne connaissent pas toujours très bien ces activités. Dans quelques mois, ils associeront la BCE et les banques centrales nationales de la zone euro à une seule image, celle des billets en euros. Et ces derniers seront considérés comme l'image de la BCE et des banques centrales nationales. Le public assimilera l'euro, notre monnaie, et la BCE, notre banque centrale, à ces billets.

Je sais que des représentants des organisations concernées par le passage à l'euro fiduciaire assistent à cette conférence. Je tiens à vous remercier de votre précieuse contribution, de votre compréhension et de votre coopération sans lesquelles cet événement historique n'aurait pu avoir lieu.

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