La conjoncture dans la zone euro

Intervention de M. Christian Noyer Vice-président de la Banque centrale européenne, International Finance Futures snc (IFF) 8 mars 2000, Paris

Introduction

Mesdames et messieurs, sachez tout d'abord que c'est pour moi un grand plaisir pour moi de prendre la parole à l'occasion de cette conférence. Mon discours aura pour sujet « La conjoncture dans la zone euro », ce qui peut de prime abord surprendre dans la mesure où cette conférence se concentre traditionnellement sur les perspectives conjoncturelles pour l'économie française. Certains d'entre vous, je l'espère peu nombreux, y verront peut-être tout simplement une confirmation de leurs soupçons selon lesquels les banquiers centraux aiment surprendre les acteurs des marchés financiers. Je tiens à vous assurer que ceci n'est pas dans nos intentions et qu'il existe en effet de bonnes raisons pour que, en tant que représentant de la Banque centrale européenne, mon attention se porte naturellement sur les évolutions dans l'ensemble de la zone euro plutôt que dans certains États membres en particulier. D'ailleurs, si j'aborderai brièvement les perspectives conjoncturelles pour la France, ce sera en conservant la zone euro comme toile de fond. Avant d'aborder ce débat et les défis politiques qui y sont associés, permettez-moi de passer en revue les perspectives de la zone euro telles qu'elles se présentent actuellement.

L'objectif principal de l'Eurosystème est de maintenir la stabilité des prix dans la zone euro. Ceci implique que la politique monétaire unique se doit de se concentrer sur les évolutions de la zone euro considérées dans son ensemble. Dans ce cadre, toute décision prise pour maintenir la stabilité des prix à moyen terme tient compte de toutes les informations disponibles et pertinentes. Cette exigence se reflète dans la stratégie à deux piliers de l'Eurosystème. Dans le cadre du premier pilier, cette stratégie comprend une évaluation des évolutions monétaires par rapport à une valeur de référence pour la croissance de M3. Dans le cadre du second pilier, cette stratégie repose aussi sur une évaluation, fondée sur une large gamme d'indicateurs, des perspectives d'évolution des prix.

L'analyse économique pour l'ensemble de la zone euro dépend fortement de la disponibilité de données appropriées. Que ces données existent n'est cependant pas suffisant, il faut aussi qu'elles soient disponibles en temps utile, qu'elles satisfassent à certains critères de qualité et qu'elles soient harmonisées le plus possible pour l'ensemble de la zone. Cette dernière exigence est clairement remplie en ce qui concerne les données portant, par exemple, sur les agrégats monétaires et les prix à la consommation tels que mesurés par l'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). Par ailleurs, l'introduction l'année dernière du nouveau Système européen de comptes nationaux (que l'on nomme habituellement le SEC 95), a représenté un nouveau pas en avant dans la volonté d'harmonisation au niveau européen, et devrait être considérée comme un symbole des efforts accomplis afin de développer une base pleinement satisfaisante pour la politique monétaire unique. Il est vrai que des progrès doivent encore être réalisés dans certains domaines, et qu'il existe une relative pénurie de données pour l'ensemble de la zone par rapport à la disponibilité des données concernant les États membres. En outre, lors de l'évaluation des évolutions dans la zone euro, il faut avoir conscience de ce que les relations économiques censées prévaloir au niveau des divers pays pourraient être différentes au niveau de la zone euro. Toutefois, cela n'implique pas qu'une politique monétaire unique n'est pas réalisable ou qu'il existe une alternative à sa focalisation sur les évolutions dans la zone euro. En revanche, au vu de ces circonstances particulières, on ne peut que se féliciter du choix fait par l'Eurosystème en matière de stratégie de politique monétaire.

Perspectives conjoncturelles pour la zone euro ...

Ceci étant dit, permettez-moi de passer à présent aux perspectives économiques pour la zone euro. Il existe désormais suffisamment de preuves de l'accélération de la croissance dans la zone euro, comme l'avait par ailleurs prédit la grande majorité des organisations internationales et des institutions privées à l'automne dernier. Le chiffre le plus significatif pour ce redressement est assurément le taux de croissance du PIB réel au cours du troisième trimestre 1999, qui a nettement dépassé les chiffres réalisés aux deux premiers trimestres de l'année. Aucune estimation du PIB réel n'est à ce jour disponible pour l'ensemble de la zone pour le dernier trimestre de l'année dernière, mais sur la base des indicateurs dont nous disposons, la croissance devrait avoir poursuivi sa forte progression.

Dans l'ensemble, l'année 1999 a été caractérisée par un rebond plutôt rapide et marqué de la croissance, après le ralentissement observé en 1998 et au début de 1999 et qui faisait suite aux crises en Asie et en Russie. Finalement, compte tenu de l'environnement extérieur relativement instable, la croissance économique dans la zone peut être jugée satisfaisante. Elle aurait atteint quelque 2% en 1999. A en juger par les prévisions disponibles, un large consensus semble régner quant à un renforcement de la croissance en 2000 et 2001. En moyenne, les prévisions les plus récentes font état d'une croissance du PIB de l'ordre de 3 % en volume pour chacune de ces années. Il convient de noter toutefois que la plupart des prévisions disponibles ont été effectuées à l'automne dernier et il est vraisemblable que certaines des hypothèses sur lesquelles ces prévisions étaient fondées ne reflètent plus aussi parfaitement les perceptions actuelles. Ainsi, le FMI a entre-temps revu à la hausse ses projections pour la croissance mondiale, ce qui pourrait bien donner une impulsion supplémentaire aux exportations de la zone euro. De même, la prise en compte des dernières évolutions devrait probablement conduire à réviser les hypothèses concernant les taux de change, les taux d'intérêt et les cours de certaines matières premières sur lesquelles les projections s'appuient en général. Plutôt que de vous assaillir de chiffres précis, je me concentrerai au contraire sur les perspectives économiques générales qui s'offrent à la zone euro.

Les perspectives favorables pour la zone s'appuient sur l'hypothèse selon laquelle la conjoncture continuerait de se renforcer sous l'influence combinée et mutuellement bénéfique de facteurs tant extérieurs et intérieurs. Ainsi, conjointement avec un meilleur environnement international, les indicateurs de confiance dans l'industrie de la zone euro se sont fortement redressés. Les hausses continues de ces derniers mois ont d'ailleurs permis de gommer dans leur presque totalité la baisse des indicateurs de confiance qui avait été enregistrée auparavant dans l'industrie. Contrairement aux entreprises, les consommateurs semblent avoir été beaucoup moins influencés par les développements extérieurs, tant négatifs que positifs : tout au long de 1999, leur indice de confiance est resté à un niveau proche de son record absolu. Par ailleurs, dans les prochains mois, l'augmentation continue de l'emploi et les nouvelles baisses du chômage devraient favoriser le maintien de ce niveau élevé. A la lumière de ces diverses indications, la perspective d'un renforcement de la demande intérieure semble donc forte. A ce moment de l'exposé, j'aimerais vous rappeler une caractéristique essentielle de la zone euro, à savoir que le degré d'ouverture de son économie, et donc son degré de dépendance vis-à-vis de la demande extérieure, est nettement plus faible que pour chaque État membre considéré individuellement. Bien sûr, les évolutions économiques à l'échelle mondiale, en particulier leurs répercussions sur les marchés financiers, continueront d'occuper une place importante dans la formulation de tout diagnostic économique concernant la zone euro. Néanmoins, les conditions demeurant favorables sur le plan domestique, la zone euro devrait être armée pour résister à une éventuelle détérioration de l'environnement extérieur.

Je désirerais à présent évoquer plus en détail l'évolution des prix. En 1999, les prix à la consommation ont augmenté d'un peu plus de 1%, tout comme en 1998. En outre, d'après la plupart des instituts de prévision, l'inflation demeurerait, en dépit d'une légère accélération prévue, légèrement inférieure à 2 % en moyenne en 2000 et 2001. Doit-on en conclure qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter ? Comme je l'ai indiqué précédemment, la plupart des prévisions auxquelles je me réfère reposent en partie sur des hypothèses potentiellement obsolètes. En outre, certaines de ces prévisions incluent pour cette année une hausse des taux d'intérêt à court terme dans leurs hypothèses. Les prix progressent maintenant plus vite que prévu initialement. Durant le second semestre de 1999, l'inflation a progressé d'environ un pour cent, atteignant le chiffre de 1,7 % en décembre. Les prévisions d'inflation plus élevée durant les premiers mois de 2000 viennent par ailleurs d'être confirmées par une progression atteignant 2,0 % en janvier. Cette hausse continue reflète essentiellement la hausse des cours du pétrole mais aussi, de plus en plus, l'incidence de la dépréciation de l'euro sur les prix à l'importation. Ces effets devraient tôt ou tard s'estomper. Néanmoins, l'incidence de ces facteurs a été plus durable et plus importante que prévu et, précisément du fait de cette durée et cette magnitude, ils renforcent le risque d'effets secondaires.

A ce stade, permettez-moi de dire quelques mots sur les taux d'intérêt. Le 3 février dernier, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne a relevé de 25 points de base le taux d'intérêt des opérations principales de refinancement. Cette hausse n'est pas la conséquence directe de l'accélération prévue de la croissance économique de la zone euro que je viens de décrire. Comme cela a été dit à maintes reprises, une croissance économique plus élevée, aussi longtemps qu'elle demeure non-inflationniste, n'est pas un sujet de préoccupation pour les autorités monétaires. À cet égard, la décision du 3 février est rassurante. D'une part, le relèvement des taux d'intérêt ne signifie pas que la BCE désire actionner un frein. Au contraire, au vu de la croissance élevée de la masse monétaire et des crédits, ainsi qu'au vu du niveau relativement faible dans une perspective historique des taux d'intérêt nominaux et réels, la décision de la BCE apparaît plutôt comme une action visant à garantir une croissance harmonieuse. La reprise économique dans la zone euro est à présent sur les rails et son évolution ne devrait pas être affectée par un ajustement de la politique monétaire. D'autre part, les mouvements des taux d'intérêt montrent clairement aux opérateurs des marchés financiers, aux partenaires sociaux et aux décideurs politiques que la BCE était déterminée à contrecarrer en temps utile les dangers inflationnistes et que les perspectives du maintien de la stabilité des prix dans la zone euro restaient favorables.

Dans la période qui a précédé cette décision sur les taux d'intérêt, plusieurs risques pesant sur la stabilité des prix à moyen terme ont été mis en évidence, grâce à certaines indications relatives aux deux piliers de la stratégie de politique monétaire. Tout d'abord, la croissance monétaire est restée constamment au-dessus de la valeur de référence et le schéma irrégulier observé à la fin de l'année dernière et au début de cette année doit être interprété dans le contexte d'un effet de base. La politique de la BCE, je tiens à le souligner, n'est pas une politique mécaniste : un écart de la croissance monétaire par rapport à sa valeur de référence n'entraîne pas de manière automatique une action des autorités monétaires. Cependant, avec l'expansion constante et soutenue des crédits au secteur privé, les conditions de liquidité sont demeurées généreuses. En ce qui concerne le second pilier, les perspectives pour l'évolution future des prix sont progressivement devenues moins favorables. En particulier, les hausses récentes des prix à l'importation qui sont liées aux augmentations des cours du pétrole et à un taux de change plus faible, et qui ont été dans un premier temps perçues comme des pressions temporaires à la hausse sur les prix à la consommation, pourraient alimenter de manière plus durable l'inflation d'origine interne. A cet égard, le relèvement des taux d'intérêt n'a pas eu pour effet d'éliminer le besoin de veiller à ce que les accords conclus lors des prochaines négociations salariales n'entraînent pas d'effets secondaires sur l'évolution des prix. Au contraire, cette décision devrait rassurer les partenaires sociaux, les encourageant à maintenir les hausses de salaires en ligne avec la stabilité des prix.

... et les défis politiques sous-jacents

En résumé, nous observons actuellement dans la zone euro une reprise notable de la croissance, accompagnée par une stabilité des prix. Dans ce contexte, un défi majeur est de créer les conditions pour que cette période de croissance non inflationniste se prolonge. Comme de nombreuses études l'ont démontré, tant au sein de la BCE qu'en dehors de celle-ci, c'est en poursuivant de manière « prospective » son objectif principal, qui est de sauvegarder la stabilité des prix que la politique monétaire peut le mieux contribuer à la croissance à long terme de la production et de l'emploi. Toutefois, la responsabilité d'une croissance non inflationniste et d'une monnaie unique n'incombe pas exclusivement, loin s'en faut, aux autorités monétaires.

Quels sont dès lors les autres domaines où se partage cette responsabilité ? A vrai dire, toutes les politiques macroéconomiques et les politiques économiques générales doivent contribuer à accroître le potentiel productif de la zone euro, de même que les partenaires sociaux. En particulier, les progrès accomplis dans le domaine des réformes structurelles des marchés du travail et des produits doivent être poursuivis, afin d'éliminer ou, à tout le moins, de réduire considérablement les rigidités existantes. En ce qui concerne les marchés du travail, il existe un large consensus pour affirmer que les taux de chômage de la zone euro, encore très élevés, seraient en grande partie de nature structurelle. L'ampleur du chômage structurel, même s'il est difficile de la quantifier avec exactitude, ne fait aucun doute et, pour cette raison, des mesures décisives doivent être prises, et prises rapidement. En effet, le passage à une économie postindustrielle avec de nouveaux types d'emplois et de nouveaux types de compétences, est déjà en cours. Par ailleurs, il faut aussi prendre en compte le fait que les taux de participation croîtront fort probablement à mesure que davantage de travailleurs s'orienteront vers un emploi à temps partiel. Afin d'assurer un emploi à chacun, indépendamment de son niveau de productivité, des réformes structurelles rapides des marchés du travail sont impératives. Néanmoins, les bénéfices de ces réformes ne pourront être pleinement recueillis que si elles sont soutenues par des politiques salariales adaptées. C'est pourquoi, les partenaires sociaux, lors des négociations salariales, doivent garder à l'esprit que toute augmentation salariale se doit d'être compatible avec le respect de la stabilité des prix et de la croissance continue de l'emploi.

La déréglementation et la libéralisation de secteurs jadis protégés ont déjà eu lieu en partie au cours de ces dernières années, mais des progrès substantiels sont encore nécessaires. L'incidence favorable de ces mesures en termes de hausses plus faibles des prix est apparue clairement, par exemple dans les télécommunications et l'énergie, et devrait constituer un encouragement suffisant pour poursuivre les efforts dans d'autres secteurs.

En ce qui concerne les politiques budgétaires, la reprise conjoncturelle actuelle représente une bonne occasion d'intensifier la consolidation des finances publiques. Il faut reconnaître que les déficits publics ont diminué au cours des dernières années et que les objectifs budgétaires pour 1999 semblent avoir été atteints dans tous les pays de la zone euro. Toutefois, la réduction récente des déficits a été grandement favorisée par les niveaux relativement faibles des taux d'intérêt. En outre, un certain nombre d'États membres est encore loin d'avoir atteint les objectifs définis dans le Pacte de stabilité et de croissance, selon lequel les budgets doivent être proches de l'équilibre ou en excédent. Remplir cet objectif, et grâce à cela augmenter la marge de manOEuvre de la politique budgétaire, est absolument nécessaire. Tout d'abord, des marges de sécurité suffisantes sont indispensables pour pouvoir réagir à d'éventuels chocs défavorables. Ensuite, le fait de disposer de marges de manOEuvre facilite le financement des réformes des systèmes fiscaux et de dépenses qui ouvrent la voie à une croissance à long terme, ainsi que les réformes nécessaires des systèmes de sécurité sociale. Il semble que plusieurs des programmes actualisés de stabilité qui ont été récemment soumis à l'examen de la Commission européenne ne tiennent pas encore suffisamment compte de ces objectifs.

Si toutes ces politiques sont mises en OEuvre, la croissance économique pourrait se révéler plus soutenue que ne le suggèrent les prévisions actuelles, sans que pour autant la stabilité des prix soit menacée. Cela pourrait constituer une belle conclusion au débat sur les perspectives de la zone euro. Toutefois, la question qui semble occuper actuellement l'esprit des décideurs politiques européens est de savoir si l'Europe se transformera en une «nouvelle économie» et si l'on peut s'attendre à ce qu'elle reproduise les impressionnantes performances de l'économie américaine en termes de croissance élevée et d'inflation faible. A ce stade, le concept de «nouvelle économie» est encore mal délimité, dans la mesure où il se définit par une série de facteurs dont le dénominateur commun est qu'ils augmentent potentiellement la vitesse à laquelle l'économie peut croître avant que l'inflation ne commence à accélérer. A cet égard, et bien qu'une telle recommandation ne soit pas nouvelle, la détermination des décideurs politiques à poursuivre les réformes structurelles et à garantir des politiques économiques saines pourrait certainement contribuer à ce que le concept de « nouvelle économie » se concrétise. L'étendue des gains potentiels de facteurs tels que la technologie de l'information dépendra probablement de la mise en place de structures de marché adaptées et de la conduite de politiques économiques saines.

Jusqu'à présent, il a subsisté une différence entre l'économie américaine et la zone euro. Cela ressort clairement des différences de taux de croissance et se reflète également dans l'évolution récente du cours de l'euro. Dans la mesure où les taux de change reflètent des positions cycliques différentes entre des pays ou des régions économiques, il est utile de souligner que la valeur externe actuelle de l'euro n'est pas tant l'expression des mauvaises performances ou des perspectives défavorables dans la zone euro que le reflet des performances exceptionnelles accomplies par l'économie américaine. Toutefois, le différentiel de croissance vis-à-vis des États-Unis va probablement se réduire rapidement avec la poursuite de la reprise dans la zone, ce qui devrait conduire à un certain rééquilibrage des taux de change. Par ailleurs, à plus long terme, les taux de change font plus que refléter des divergences cycliques. Il est donc de la plus haute importance que la politique monétaire s'engage à maintenir la stabilité des prix. De plus, et ceci recoupe aussi dans une certaine mesure les débats sur la nécessité d'une « nouvelle économie », il est essentiel que les divers États membres accomplissent de nouveaux progrès convaincants dans leurs réformes structurelles des marchés du travail et des produits.

Des performances économiques différentes d'un État membre à l'autre...

La monnaie unique est le reflet d'un grand nombre de facteurs, tant au niveau de la zone euro dans son ensemble que de ses composantes nationales, et constitue par conséquent la responsabilité commune de tous les États membres et de tous les domaines politiques. A ce propos, les écarts de croissance et d'inflation entre les États membres subsisteront également dans le cadre d'une politique monétaire unique, tout comme elles existent, à l'échelon national, entre les diverses régions d'un pays. L'Union monétaire n'est pas en soi une panacée et à ce titre, elle ne permet pas d'éviter que des chocs affectent différemment les pays en fonction de leurs structures économiques et de leurs réponses politiques. Par ailleurs, la politique monétaire ne peut plus s'adapter aux évolutions divergentes des États membres et il est clair que si ces divergences reflètent des conditions conjoncturelles ou structurelles injustifiées, elles sont du ressort des États membres concernés, et de leur politique économique. Gardons toutefois à l'esprit qu'un certain degré de divergence est somme toute normal. Ainsi, avec des pays encore engagés dans un processus de rattrapage en termes de productivité et de niveau de vie, des taux de croissance et d'inflation divergents font partie inhérente du processus, et sont à ce titre naturels, voire justifiés.

Si la politique monétaire unique est déterminée par les évolutions de la zone euro dans son ensemble, il demeure nécessaire, pour une meilleure compréhension de celles-ci, de suivre les performances respectives des différents États membres.

... et les perspectives pour l'économie française

Ceci étant dit, permettez-moi à présent d'aborder les perspectives pour l'économie française - et de souligner qu'elles sont plutôt favorables. En France, les évolutions conjoncturelles ont combiné une inflation modérée, en-dessous de la moyenne de la zone euro, à une forte croissance économique, supérieure à celle de la zone. Vers la fin de la décennie, l'économie française a donc contribué à stabiliser dans une large mesure les perspectives économiques de la zone euro. L'année dernière en particulier, et contrairement à d'autres États membres de grande taille, l'économie française s'est révélée à la fois solide en termes d'activité et stable en termes de prix. Pour 1999, il ressort de quelques chiffres-clés, à savoir une croissance du PIB réel estimée à 3,2% sur le quatrième trimestre et une hausse de 0,6% progression en moyenne annuelle des prix à la consommation, que les agents économiques français se sont à ce jour adaptés avec succès au nouveau contexte macroéconomique de la zone euro lié à la politique monétaire unique.

En ce qui concerne l'avenir proche, les indicateurs et prévisions disponibles font apparaître des mêmes perspectives favorables pour la France et pour l'ensemble de la zone euro. Selon les récents résultats d'enquêtes de conjoncture, les chefs d'entreprises et les ménages restent confiants dans leurs perspectives à court terme. L'optimisme des consommateurs se reflète clairement dans le niveau historiquement élevé de leur indicateur de confiance et découle partiellement de l'amélioration actuelle de la situation sur le marché du travail. La consommation des ménages, qui est restée forte en 1999 malgré le ralentissement temporaire de l'économie, devrait dès lors poursuivre sa croissance à un rythme soutenu durant cette année. En ce qui concerne les entreprises, la confiance des industriels est conforme aux sommets historiques atteints en 1998 et les entreprises font état de carnets de commandes bien remplis. Combiné à des taux d'utilisation des capacités de production supérieurs de 2 % à la moyenne à long terme, l'environnement favorable devrait contribuer à un comportement d'investissement dynamique. Ce processus pourrait être renforcé par d'autres déterminants majeurs des investissements. Indépendamment de l'influence positive de la politique monétaire sur les conditions de financement, la situation financière des sociétés devrait en effet rester saines et leurs difficultés de remboursement devraient continuer à diminuer.

Dans un tel contexte, il n'est pas surprenant que la plupart des prévisionnistes envisagent pour la France, au cours des deux années à venir, un scénario de croissance économique rapide avec une inflation demeurant conforme à la définition de la stabilité des prix. A ce jour, selon les « consensus forecasts », le PIB réel progresserait de 3,4 % en 2000 et de 3,0 % en 2001, alors que les prix à la consommation augmentera de 1,2 % au cours de ces deux années, même si d'après des prévisions plus récentes, les prix pourraient augmenter plus rapidement. D'après la plupart des prévisions, la croissance, qui sera soutenue tant par la demande intérieure qu'extérieure, se traduira également par une augmentation régulière de l'emploi et une nouvelle diminution du chômage.

Je vous ai dressé un tableau extrêmement encourageant pour l'économie française et je souhaite sincèrement qu'il devienne réalité, non seulement en 2000 et en 2001 mais aussi à plus long terme. Toutefois, même si ce scénario pour les années à venir est réaliste, il est important de garder à l'esprit qu'il est soumis à des incertitudes. Certaines d'entre elles, comme l'éventualité d'un choc extérieur inattendu, ne peuvent être éliminées. D'autres incertitudes, en revanche, ressortent de la responsabilité nationale. Des politiques économiques adéquates, menées dans un climat consensuel, constituent dans certains cas des facteurs-clés pour garantir que les défis majeurs rencontrés par un pays sont traités conformément aux exigences d'une croissance soutenue et non inflationniste.

Parmi ces défis, la mise en OEuvre et le financement de la semaine des 35 heures occupent assurément une place de choix. Mais d'autres incertitudes retiennent l'attention. J'aimerais souligner combien il est important que le processus de consolidation budgétaire demeure crédible. A cet égard, éviter tout relâchement de la politique budgétaire, et réduire les risques de dérapage des déficits en cas d'un ralentissement conjoncturel inattendu, demeurent assurément des priorités. Par ailleurs, afin que l'économie française demeure une économie compétitive, il est également important que les partenaires sociaux s'engagent de manière explicite à ce que les évolutions des salaires demeurent en ligne avec les hausses de la productivité.

Plus généralement, la France est confrontée au même défi fondamental que les autres économies européennes. Il peut être résumé par la question suivante : « Comme développer une dynamique interne qui se traduise par une croissance soutenue et durable? ». Il s'agit d'un défi capital si l'on veut obtenir une réduction sensible du chômage et, face à l'intégration croissante des économies à l'échelle mondiale, si l'on souhaite que l'économie de la zone euro ne soit pas trop vulnérable à un ralentissement extérieur. En s'engageant à favoriser une inflation faible et des finances publiques saines, les pouvoirs publics, français comme européens, s'efforcent depuis plusieurs années de développer un environnement favorable à une telle dynamique intérieure. Dernièrement, la bonne santé de l'économie française malgré le ralentissement conjoncturel temporaire pourrait être un signe d'un « policy mix » réussi.

J'ai déjà mentionné le concept de « nouvelle économie », une expression séduisante qui est aussi de plus en plus utilisée en référence aux performances récentes de l'économie française. Toutefois, pour que cette nouvelle économie française voie vraiment le jour, deux éléments importants sont indispensables. Tout d'abord, l'engagement à maintenir un environnement caractérisé par une évolution modérée des coûts de production et à poursuivre l'assainissement des finances publiques saines. Vient ensuite le besoin de poursuivre et d'accélérer le processus de réformes structurelles. C'est là le seul moyen de favoriser « l'employabilité » de la main-d'OEuvre et d'encourager l'esprit d'entreprise et la spécialisation dans des produits d'avenir, ce qui finalement devrait se traduire par une croissance économique soutenue associée à la stabilité macroéconomique.

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