Entretien avec Le Progrès de Lyon

Entretien avec Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE,
accordé à Frank Viart, du Progrès de Lyon, et publié par les journaux du groupe EBRA (L’Alsace, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Le Républicain Lorrain, L’Est Républicain, Vosges Matin, Le Bien Public, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès de Lyon, Le Dauphiné Libéré et Vaucluse Matin), le 11 novembre 2016

Vu de Francfort, comment réagissez-vous à l’élection de Donald Trump ?

C’est bien sûr un évènement majeur. Ce n’est pas à la BCE d’en apprécier les conséquences politiques. Mais il y a une leçon à en tirer pour l’Europe : dans un monde où les chocs se multiplient, l’Europe doit garder le contrôle de son destin. Pour que l’Europe soit forte en matière de défense et de sécurité, son économie doit être forte. Et pour que l’économie soit forte, il faut des réformes dans chaque pays, et il faut que la zone euro fonctionne mieux.

La décision de politique monétaire de décembre de la Banque centrale européenne peut-elle être influencée par le résultat de cette élection ?

Il est trop tôt pour le dire. A court terme, nous sommes attentifs à la réaction des marchés financiers. Il faut éviter une volatilité excessive. Au-delà, nous analyserons les conséquences de l’élection de M. Trump pour l’économie mondiale et pour la zone euro. La reprise de la zone euro est de plus en plus solide. On l’a vu après le référendum britannique.

En France, les taux d’intérêt sont historiquement bas. Est-ce que cela peut durer longtemps ?

La politique monétaire de la BCE restera très accommodante tant que l’inflation ne sera pas fermement établie sur une trajectoire la ramenant vers 2%. Au-delà des décisions de la BCE, pourquoi les taux d’intérêt sont-ils si bas ? C’est parce que la croissance est encore faible. C’est parce que nos économies sont moins capables qu’autrefois de créer de la croissance. La BCE doit prendre en compte cet environnement et, pour soutenir efficacement la reprise, nous devons fixer nos taux d’intérêt directeurs à un niveau très bas, voire négatif. Si l’économie européenne retrouve une capacité à recréer durablement de la croissance, les taux d’intérêt retrouveront des niveaux plus favorables à l’épargne.

Comment expliquez-vous que la croissance économique reste réduite en France en  2016 ?

La croissance économique accélère partout dans la zone euro et le taux de chômage diminue, y compris en France, mais à un rythme un peu moins rapide. La politique monétaire de la BCE y a fortement contribué et les réformes menées dans chaque pays ont joué. Les pays qui ont subi la crise financière de façon très violente ont dû se réformer. Ils ont mis en œuvre des réformes, notamment du marché du travail, qui ont été difficiles mais qui portent aujourd’hui leurs fruits. En Espagne, par exemple, la croissance sera supérieure à 3% en 2016 et le taux de chômage baisse rapidement. La France, qui a mieux résisté à la crise, a eu moins de pression pour se réformer. Aujourd’hui la croissance y est plus faible et le chômage plus élevé. Cela montre l’importance de poursuivre les réformes.

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