Entretien avec Le Parisien

Entretien avec Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE, accordé à Matthieu Pelloli, et publié le 11 février 2016

On ne le voit jamais en France, il n'est pas présent dans les distributeurs et est refusé dans la plupart des commerces… Aujourd’hui, comment la BCE justifie-t-elle l’existence du billet de 500 euros ?

Les billets sont un moyen de paiement important dans la vie quotidienne des Européens. A l’origine, le billet de 500 euros répondait au souhait de plusieurs pays de la zone euro d'avoir une coupure en euros qui corresponde à leur ancienne plus grande coupure en monnaie nationale. Il est très peu utilisé en France, c’est vrai, mais il l’est davantage dans d’autres pays de la zone euro, aussi bien comme instrument de paiement que comme réserve de valeur.

Y a-t-il eu récemment le lancement d'une nouvelle série de billets ? Est-il en cours ? Est-il prévu ?

La deuxième série de billets en euros est en cours d’introduction : de nouveaux billets de 5, 10 et 20 euros, encore mieux protégés contre la contrefaçon, ont déjà été introduits et vous pouvez les trouver dans vos porte-monnaie. Les billets de dénomination plus élevée seront introduits progressivement.

Un document à l'étude de la Commission européenne dénonce « la forte demande de billets de 500 euros par la criminalité organisée ». Le patron de l'OLAF a récemment demandé la suppression du billet de 500 euros pour les mêmes raisons. Quelle est la position de la BCE ?

Historiquement, ces billets ont permis aux particuliers de régler de manière commode des sommes élevées. Mais cet argument a perdu progressivement de son importance avec le développement des paiements électroniques. En outre, les autorités compétentes soupçonnent de plus en plus qu’ils sont utilisés à des fins illicites, un argument que nous ne pouvons plus ignorer compte tenu de l’importance de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Mario Draghi vient de déclarer devant le Parlement européen : « Soyez assurés que nous sommes résolus à ne pas faire de ces grosses coupures un outil de transmission pour la criminalité ». La BCE se prépare-t-elle à des décisions radicales sur l'avenir du billet de 500 euros ?

Nous réfléchissons activement à la question et prendrons une décision prochainement.

Vous êtes membre du Directoire de la BCE, quelle est votre position personnelle ?

De mon point de vue, les arguments en faveur du maintien du billet de 500 euros sont de moins en moins convaincants.

Parmi les pays de la zone euro, l'Allemagne est plutôt contre la suppression du billet de 500, car les Allemands sont coutumiers des paiements en espèces. C'est un problème ?

Certains, notamment en Allemagne, craignent la disparition des paiements en espèces, qui sont un élément de liberté individuelle. C’est un argument légitime et je tiens à les rassurer : il n’est pas question de supprimer les billets en général ; la discussion porte exclusivement sur le billet de 500 euros.

Où se situent physiquement les billets de 500 euros ? Dans quels pays (on parle beaucoup de la Russie...) ?

Nous estimons qu’au moins 20% de la valeur des billets en circulation est détenue en dehors de la zone euro, la majorité sous forme de coupures allant de 50 à 500 euros. La plupart de ces billets se trouvent dans les pays voisins de la zone euro, notamment dans les pays d’Europe de l’Est et en Russie.

Techniquement, la BCE pourrait voir un avantage lié à la politique monétaire en décidant de supprimer le billet de 500 euros. Ses détenteurs pourraient en effet les échanger contre des coupures dans une autre devise, ce qui ferait automatiquement baisser la valeur de la monnaie unique. Cela peut-il peser dans sa suppression ?

Non, cette discussion n’a rien à voir avec la politique monétaire.

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